«Ne fétichisons pas le futur». Ces propos, adaptés librement, sont ceux d’Amy Webb, une futurologue américaine assez inclassable… Amy Webb a d’abord étudié le journalisme dans une université américaine, elle s’est ensuite vite détournée des rédactions pour s’intéresser à l’innovation, à la R&D, comme on dit, pour «recherche et développement». Avant de se mettre à vendre ses oracles sur l’avenir des médias, du web et de l’information au travers, notamment, d’un institut bien nommé : «le Futur, c’est maintenant»... Dans un excellent billet publié sur le site «Internet Actu», écrit par Amy Webb : «Pourquoi démocratiser la prospective ?» Et que dit-elle ?
«Il est capital de démocratiser les compétences du public en matière de prospective». 
Pourquoi parler de prospective, d’abord, et pourquoi, ensuite, est-ce si essentiel à l’avenir de nos démocraties ? La prospective, c’est un mot français qui a disparu des radars… Plutôt que de commenter, la bouche en cœur, les innovations développées par des start-ups américaines de dimension mondiales, la prospective analyse, projette, et se donne des objectifs de long terme. Il faut anticiper sur le monde qu’on invente, pas seulement innover techniquement.  
Or, un chercheur, quand il cherche, n’a pas nécessairement la pensée du Tout, dit-elle. Il se focalise d’abord… sur sa recherche. Son objectif, c’est de réussir à trouver sa solution, point barre. Il ne se préoccupe pas toujours du reste. La prospective, si elle est ouverte et partagée, doit permettre : «de réfléchir à la façon dont telle ou telle ligne de code ou tel résultat pourrait rejaillir sur la santé, la géopolitique ou quoi que ce soit d’autre.»
 
Ceci nous conduit à la seconde idée formulée par Amy Webb, que nous voulons partager avec vous en ce début d’année : si l’on ne veut pas se voir imposer des progrès qui n’en sont pas, il faut éviter de laisser la presse technologique nous dire ce que l’avenir nous réserve. Plus on est nombreux à s’interroger, à comprendre, mettre en perspective puis à partager. Plus on doit pouvoir éviter l’écume des jours qui peut mener droit au récif, plus on est en droit de se dire qu’on invente bien des lendemains qui chantent.
 
Aujourd’hui, nous allons entendre deux adeptes de la prospective et de l’innovation dans le domaine des médias, nous retrouverons Eric Scherer, directeur de la prospective et de l’innovation pour France Télévisions, et Benoît Thieulin, doyen de l’Ecole de Communication de Sciences Po et fondateur de l’agence La Netscouade, pour parler de la génération #NoBullShit, du projet Street Vox, du bot de Libé, ou encore du phénomène des fausses informations…  
 
Mais aussi, dans cette émission, destination le Tchad pour notre coup de fil de la semaine, on appelle Sandrine Naguertiga qui nous parle du projet « Entreprendre l’Afrique ».