Philippe Couve, fondateur de Samsa.fr, un organisme de formation spécialisé dans la transition numérique des organisations, raconte comment le télétravail s'est généralisé dans les rédactions en France et les défis quotidiens des médias pour réinventer des narrations en période de confinement.

Philippe Couve, créateur de L'Atelier des médias de RFI, est actuellement confiné à Paris. Maintenant à la tête de Samsa.fr, un organisme de formation et d'accompagnement de la transition numérique des organisations, il rappelle le « paradoxe extrêmement fort » de la situation actuelle pour les médias, notamment la presse.

D'un côté, « peut-être qu'on n'a jamais dans la période récente eu autant besoin des médias pour savoir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. On le constate, les gens se ruent sur les sites des médias, écoutent la radio, regardent la télévision, notamment au début de cette crise, dans le chaos d'informations diverses et contraditoires dans lequel on pouvait être ». Il note des « signes extrêmement positifs » comme « des augmentations très importantes des ventes des abonnements numériques ».

De l'autre côté, les recettes publicitatires ou de diversification se sont littéralement effondrées, tombant quasiment à zéro. Aussi, de nombreux médias sont extrêmement fragilisés par cette situation. Philippe Couve estime que « certains médias vont avoir du mal à faire face à la crise qu'on traverse », rappelant la situation de Paris Normandie, en liquidation judiciaire. 

Parmi les très nombreuses bonnes choses observées dans les médias français ces dernières semaines, notre invité cite les vidéos explicatives de qualité produites par Le Monde, la rubrique de décryptage de fake news de Julien Pain dans le journal de 20 heures de France 2, le système d'entraide sociale mis en place par le quotidien Nice-Matin, le journal L'Équipe démontre tout ce qu'il y a à raconter alors même que les compétitions sportives sont à l'arrêt. Bref, la situation est foisonnante.

Et la formation des journalistes dans tout ça ?

Si la formation n'était pas une priorité au début de la crise et que la demande de formation à distance des équipes n'était pas vraiment une tendance, Philippe Couve note que la situation est en train de changer, par la force des choses.

Le dispositif de chômage partiel mis en place en France fait que les salariés peuvent être mis temporairement au chômage par l'entreprise, tout en conservant tout ou partie de leur salaire. Dans ce cadre, ils peuvent bénéficier de formations prises en charge par l'État. Et les entreprises en profitent. « On le dit souvent en faisant la blague, mais le plus fort pour faire la transformation numérique des médias, c'est pas le PDG, c'est pas le consultant, c'est pas le formateur : c'est le Covid-19. »

En tout cas, « ce que l'on est en train de vivre en ce moment porte aussi les germes de ce que vont être nos organisations du travail dans les prochains mois, les prochaines années ».

Samsa.fr organise une fois par semaine des ateliers en ligne gratuits, d'une durée d'une heure, destinés aux journalistes et communicants. Les infos sur le site de Samsa.

Le télétravail à Madagascar, bon gré mal gré

En fin d'émission, Mondoblog audio nous emmène à Madagascar, où des mesures de confinement ont également été imposées et où le télétravail s’est là aussi développé bon gré mal gré. On écoute une lecture du mondoblogueur malgache Rijaniaina Randrianomanana, du blog Gasikara, rien ne bouge.

La semaine prochaine, nous recevrons l’économiste Julia Cagé. Professeure à Sciences Po Paris, elle est notamment spécialisée dans l'économie des médias. Nous échangerons sur la situation économique, la propriété et la gouvernance des médias en France. Nous nous interrogerons aussi ensemble sur les médias dans ce que certains appellent déjà le « monde d'après ».